
Dans quel état arrivez-vous généralement aux vacances ? Est-ce que vous en revenez reposé·e ? Et si oui, combien de temps cela dure-t-il ?
Pour beaucoup de personnes, la dernière ligne droite avant les congés ressemble à ceci : compter les jours, tenir, puiser dans les dernières réserves. Et espérer que les vacances vont tout réparer.
Puis les vacances arrivent. Vous avez peut-être envie d’en profiter : voir la famille, les amis, visiter, bouger, ne rien rater. Surtout si c’était prévu depuis des mois et que vous avez attendu ce moment. Il faut que ça vaille le coup. Au retour, vous avez changé d’air, ça a fait du bien — mais vous êtes-vous reposé·e ?
Ou bien vous en avez profité pour dormir, traîner, flemmarder, tellement il y en avait besoin. Et au moment de rentrer, une petite frustration s’installe : ne pas avoir fait grand-chose, des vacances passées trop vite, et le sentiment de ne pas être si reposé·e que ça.
Cet article reprend l’épisode #009 du podcast C’est normal ou pas ?, qui s’appuie lui-même sur trois épisodes précédents consacrés à la fatigue et au ressourcement.
La fatigue est un signal
La fatigue ne se résume pas à une question de sommeil et de récupération. C’est un indicateur de l’état global de votre système. Et plus vous agissez tôt, plus il est facile de réguler.
Un point important avant d’aller plus loin : la fatigue peut avoir de nombreuses causes, bien au-delà du stress. Apnée du sommeil, trouble hormonal, état dépressif, carence alimentaire, maladie. La première étape reste toujours de consulter votre médecin et de faire un bilan.
Hors cause médicale, la fatigue vient souvent d’un dérèglement du cycle veille-sommeil. Quand le stress s’installe, il crée une surcharge sur trois plans :
- Physique : tensions dans le dos, la nuque, la mâchoire, oppression dans la poitrine, palpitations, troubles digestifs
- Cognitif : ruminations, pensées négatives, difficultés de concentration
- Émotionnel : irritabilité, nervosité, colère, sautes d’humeur
Votre système se retrouve en suractivation permanente. Comme conduire avec le pied coincé sur l’accélérateur, sans parvenir à relâcher.
La clé consiste à apprendre à s’aider soi-même à décélérer. Chaque fois que vous vous posez dans la journée, même quelques minutes, vous aidez votre organisme à réduire son niveau d’activation. Et vous préparez un sommeil de meilleure qualité le soir.
Comment se reposer dans la journée →
Se reposer ou se ressourcer
Prenons un téléphone portable. Quand il chauffe, on l’éteint pour éviter la surchauffe. Quand la batterie est vide, on cherche un chargeur.
C’est pareil avec une voiture. Si le moteur chauffe, on coupe le contact. Si le réservoir est vide, on fait le plein. Il ne nous viendrait pas à l’idée de remettre de l’essence quand le moteur surchauffe, ni de croire que le niveau d’essence remontera tout seul en coupant le contact.
Nous ne sommes pas des machines, et le corps humain est infiniment plus complexe. Mais la logique reste la même. Quand nous ne savons pas identifier nos besoins, nous pouvons facilement nous tromper : chercher à nous reposer alors que nous avons besoin de nous ressourcer. Et dans ce cas, la fatigue reste là, incomprise.
Se reposer, c’est mettre l’appareil sur off : votre organisme est en surchauffe, il faut arrêter de l’utiliser un moment.
Se ressourcer, c’est refaire le plein d’énergie, recharger une batterie vide.
Deux besoins différents, qui demandent deux réponses différentes.
Se reposer ou se ressourcer ? →
Ce que les vacances ne peuvent pas réparer
Albert Moukheiber, docteur en neurosciences et psychologue, avance une idée qui remet tout cela en perspective : les vacances, telles que nous les vivons aujourd’hui, constituent une absurdité biologique.
Non que le repos soit inutile — au contraire. Mais le rythme que nous nous imposons entre en contradiction avec notre fonctionnement.
Son argument : nous ne traitons aucune autre fonction de notre corps de cette façon. Personne n’envisagerait de manger vingt kilos de nourriture en trois jours puis plus rien pendant des semaines. Ni de dormir la première semaine de chaque mois seulement. Ni de retenir sa respiration une heure pour souffler d’un coup.
Alors pourquoi penser que nous pouvons nous épuiser pendant des mois et récupérer en quinze jours ?
Deux scénarios se dessinent. Soit nous arrivons aux vacances en apnée, et elles se vivent sous pression — d’autant plus si nous y ajoutons de nouvelles injonctions : profiter, voir les gens, ne rien rater, en avoir pour son argent. Soit nous tentons de rattraper : dormir douze heures par nuit, s’effondrer sur un transat. Cela aide parfois un peu, sans réparer ce qui s’est accumulé pendant des mois.
Albert Moukheiber ne suggère pas de renoncer aux congés. Ce qu’il pointe, c’est le rythme global que nous adoptons. Il recommande des « vacances quotidiennes » : des micro-pauses où l’on ne fait rien, pour utiliser et reposer son cerveau chaque jour.
Nous avons besoin d’espaces de décompression réguliers pour que les grandes coupures deviennent vraiment des coupures.
Tenir n’est pas une valeur
Reste une question plus profonde : pourquoi n’arrivons-nous pas à nous arrêter, même quand nous en avons besoin, même quand nous le savons ?
Tenir n’est pas une valeur. C’est une stratégie. Et une stratégie peut devenir inadaptée.
Beaucoup d’injonctions courantes valorisent la souffrance et disqualifient l’arrêt. Pourtant, continuer à tout prix ne prouve pas la solidité. C’est souvent le signe que la limite a déjà été franchie.
Ce sont d’ailleurs fréquemment les personnes les plus engagées, les plus consciencieuses, les plus loyales qui s’épuisent le plus. Non par fragilité, mais parce qu’elles tiennent longtemps. Parfois trop longtemps.
Un indicateur reste fiable : quand une situation vous coûte plus qu’elle ne vous apporte sur la durée, ce n’est pas la situation que vous tenez, c’est vous que vous épuisez.
S’arrêter demande une décision
Cette formulation — tenir comme stratégie plutôt que comme valeur — retire au mot sa dimension morale, comme si tenir signifiait être fort, courageux, méritant.
Dans le contexte des congés, le mécanisme apparaît clairement. On a tenu pendant des mois. Et maintenant, il faudrait profiter, se dire que c’est une chance, qu’il serait dommage de gâcher ces vacances à ne rien faire. Surtout quand le reste de l’année ne laisse aucun temps mort.
Même en vacances, nous pouvons nous mettre la pression de bien faire les vacances.
S’arrêter est une décision active. C’est choisir de sortir de la performance, y compris de la performance du repos : tant de minutes de méditation chaque matin, la cohérence cardiaque trois fois par jour, un exercice formalisé de plus. S’arrêter ressemble davantage à accepter de s’ennuyer un peu, à laisser de l’espace au vide. Ce n’est pas toujours agréable, surtout quand on n’en a plus l’habitude.
Tolérer un moment sans rien de prévu, sans activité, sans but, compte probablement parmi les choses les plus difficiles pour beaucoup d’entre nous. Parce que personne ne nous a appris que c’était possible.
Ce qu’il faut retenir
La fatigue est un signal. Plus vous l’entendez tôt, plus il est facile d’y répondre.
Se reposer et se ressourcer répondent à deux besoins distincts. Les confondre revient souvent à rater les deux.
Les vacances ne compensent pas dix mois d’épuisement accumulé. Non parce qu’elles seraient trop courtes (même si elles le sont souvent) mais parce que notre organisme ne fonctionne pas ainsi.
Et s’arrêter vraiment, ne rien faire, sans objectif, sans avoir à profiter de quoi que ce soit, demande un apprentissage. Nous avons plutôt été formés à tenir et à performer.
Alors une question, pour finir : pouvez-vous vous autoriser à vous reposer vraiment ? Sans l’idée d’être plus efficace après. Simplement parce que vous en avez besoin. Et parce que cela fait du bien.
Cet article reprend l’épisode #009 du podcast C’est normal ou pas ? Retrouvez tous les épisodes classés par thème.
Si cette fatigue s’installe depuis longtemps et que vous sentez qu’elle dépasse ce qu’un temps de repos peut réparer, un accompagnement peut vous aider à y voir plus clair. Je reçois en cabinet à Savenay, sur rendez-vous.
