Visuel de l'épisode 8 du podcast C'est normal ou pas ? - Et si ce n'était pas qu'une question de volonté ? - Quand on veut on peut. Article sur la volonté et le burn-out par Karine Agnez psycho praticienne.

‘Quand on veut, on peut.’ Vous l’avez entendue. Peut-être même que vous vous la répétez encore, parfois, quand vous n’y arrivez pas. Elle sonne comme une évidence, comme un encouragement. Et pourtant, cette phrase peut faire des dégâts bien réels : silencieux, insidieux, durables.

Dans cet article, je vous propose de déconstruire cette idée reçue qui traverse notre culture personnelle et professionnelle, et de regarder en face ce qu’elle peut produire chez celles et ceux qui n’y arrivent pas malgré toute leur bonne volonté.

Ce que cette phrase sous-entend vraiment

« Quand on veut, on peut » repose sur une idée implicite : si vous n’y arrivez pas, c’est que vous ne voulez pas assez. Autrement dit, la motivation suffirait, et l’échec serait le signe d’un manque de volonté.

Cette lecture du monde a quelque chose de rassurant en apparence. Elle donne l’illusion que tout est maîtrisable, contrôlable. Si il suffit de vouloir pour réussir, alors on a prise sur ce qui nous arrive.

Mais posons-nous une question simple : avez-vous déjà voulu très fort que l’organisation de votre travail change ? Qu’un proche modifie son comportement ? Que votre charge de travail diminue ? Que votre manager reconnaisse enfin la qualité de ce que vous faites ?

Dans ces situations, les changements attendus ne dépendent pas — ou très peu — de vous. Et quand le changement ne dépend pas de soi, la volonté ne sert à rien. Pire : elle peut aggraver les choses.

Plus on insiste, plus on tente de contrôler une situation qui nous échappe, plus la tension grandit. Plus on s’épuise.

La volonté ne commande pas au réel

Ce que l’expérience et la pratique clinique enseignent, c’est que la volonté ne commande pas au corps. Elle ne commande pas aux limites biologiques et physiologiques de l’organisme. Elle ne commande pas aux contraintes du contexte dans lequel nous évoluons. Et elle ne commande certainement pas aux autres.

Nos capacités attentionnelles sont limitées. Nous avons besoin d’alternance entre activation et récupération. Et plus nous sommes stressés et épuisés, moins nous avons accès à nos capacités de régulation et de pensée claire.

Ce n’est pas une question de caractère ou de personnalité. C’est une réalité physiologique.

Dire à quelqu’un en surcharge « allez, un peu de volonté ! », même avec la meilleure intention du monde, c’est ignorer complètement l’état réel de cette personne. Et se le dire à soi-même, c’est rajouter de la pression sur un réservoir déjà vide.

Les dégâts invisibles dans la vie professionnelle et personnelle

Dans le monde du travail

Dans un contexte professionnel, cette croyance nourrit l’hyper-responsabilisation et le surinvestissement. Des phrases comme « si tu veux évoluer, tu peux », « si tu veux mieux t’organiser, tu peux », « si tu veux réussir, tu peux » font peser sur l’individu une responsabilité qui n’est pas entièrement la sienne.

Elles invisibilisent et nient la charge mentale, les inégalités structurelles, les dynamiques d’équipe, les contraintes familiales, les rapports de pouvoir, les contraintes économiques.

Résultat : la personne en difficulté s’en veut, se critique, se dévalorise. Et cette culpabilité chronique contribue directement à l’épuisement professionnel.

Dans la vie personnelle

‘Si tu voulais vraiment poser des limites, tu le ferais.’
‘Si tu voulais vraiment être plus patient, tu pourrais.’
‘Si tu voulais vraiment changer, tu changerais.’

Ces phrases touchent à quelque chose de plus profond encore : la manière dont nous nous régulons émotionnellement, dont nous interagissons dans nos relations, dont nous avons appris à fonctionner.

Or, vouloir réguler ses émotions différemment ne signifie pas savoir le faire. La régulation émotionnelle s’apprend. Elle se travaille. Elle demande du temps, de l’accompagnement, de la sécurité intérieure. Beaucoup de personnes n’ont tout simplement jamais eu l’occasion de l’apprendre.

Confondre motivation et capacité crée de la culpabilité. Et la culpabilité chronique crée de l’épuisement.

Reconnaître ses limites : un acte de lucidité, pas de faiblesse

Tout le monde rencontre des limites. Nous sommes limités par notre corps, notre biologie, nos capacités financières, notre histoire, nos vécus, nos apprentissages.

Et c’est rassurant.

Parce que cela rappelle que nos difficultés ne sont pas le signe d’un manque de volonté ou d’un échec personnel.

Parce que cela invite à remplacer le jugement par la compréhension : comprendre ce qui freine plutôt que se reprocher de ne pas en faire davantage.

Parce que reconnaître ses limites permet aussi de mieux identifier ses ressources et sa vraie marge de manœuvre.

Parce que cela signifie que nous n’avons pas à tout porter, ni à être capables de tout.

Il existe une différence essentielle entre ce qui dépend de soi et ce qui n’en dépend pas. Quand on agit là où ça dépend vraiment de soi, il devient possible d’ajuster ses attentes, de revoir ses priorités, de se poser des frontières claires.

Savoir arrêter n’est pas un échec de volonté

Accepter qu’on ne puisse pas tout porter n’est pas renoncer à ses valeurs. C’est reconnaître la réalité de ses capacités, de ses ressources, de ses marges de manœuvre.

La volonté est une ressource précieuse. Elle aide à se mettre en mouvement, à dépasser certaines peurs, à agir malgré les doutes, à prendre des décisions difficiles. Mais elle n’est qu’une ressource parmi d’autres. Elle ne fait pas disparaître les contraintes, les limites ou la réalité.

La question à se poser plutôt que de culpabiliser

Si vous vous reprochez aujourd’hui de ne pas réussir quelque chose malgré une envie sincère, posez-vous ces questions :

Est-ce vraiment une question de volonté ? Ou est-ce une question de ressources, de contexte, de limites ?

Où se situe réellement votre marge d’action ? Quelle autre manière d’agir est possible ici ?

Parce que oui, quand on veut, on peut parfois. Et quand on ne peut pas, ce n’est pas obligatoirement une question de volonté.

Pour aller plus loin

Cet article est tiré de l’épisode 8 du podcast ‘C’est normal ou pas ?’ : Et si ce n’était pas qu’une question de volonté ?

🎙️ À écouter sur toutes les plateformes de podcast.

Si vous traversez une période de surcharge, d’épuisement ou de débordement émotionnel et que vous souhaitez en parler, je vous propose un premier échange d’une quinzaine de minutes, sans engagement.