Quand continuer demande trop

Il y a des moments où l’on n’en peut plus. Parce que continuer demande trop. Trop d’énergie, trop de charge mentale, trop de stress, trop de place. Lâcher-prise, ça peut aussi être d’arrêter pour se préserver.
Karine Agnez Psycho Praticienne, thérapie brève, hypnose, sophrologie

Il y a des moments où l’on n’en peut plus. Pas forcément parce que la situation est dramatique, mais parce que continuer demande trop. Trop d’énergie, trop de charge mentale, trop de stress, trop de place.

Et des questions finissent par apparaître, souvent teintées de doute ou de culpabilité :

« Est-ce que c’est normal de vouloir arrêter ? », « Est-ce que je renonce trop facilement ? », « Est-ce que je ne devrais pas encore tenir un peu ? ».

Et si, parfois, le lâcher-prise n’était pas d’apprendre à relativiser, pour supporter davantage… mais d’apprendre à s’arrêter ?

Aujourd’hui, je vous propose de parler de ça. De ces moments où l’on décide de s’arrêter pour se préserver, dans des contextes relationnels, professionnels ou familiaux.

Une base essentielle : l’énergie n’est pas illimitée

Pour commencer, une base essentielle à ne pas oublier : notre énergie n’est pas illimitée.

En effet, nous fonctionnons toutes et tous avec des ressources limitées. Par exemple, notre attention, notre capacité de régulation émotionnelle, notre capacité de décision, notre capacité d’adaptation.

Elles fluctuent, d’une période à une autre, d’une situation à une autre, d’un jour à un autre et même au sein d’une seule et même journée.

Et quand une situation exige de se justifier, de se contrôler, de se défendre, d’anticiper les réactions de l’autre, ou de « tenir bon » émotionnellement, ces ressources sont particulièrement mobilisées.

Ce travail invisible sollicite fortement notre cerveau et notre organisme tout entier. Et si ces situations persistent dans le temps, ou se multiplient, des signaux peuvent apparaitre : fatigue persistante, ruminations, irritabilité, découragement, sentiment d’être vidé.

Continuer dans ces conditions n’est pas un signe de force. C’est plutôt un déséquilibre prolongé.

Pourquoi arrêter est souvent vécu comme une faute

Une équation apprise

Et pourtant, arrêter, c’est facile à dire et pas toujours facile à faire. Parce qu’on peut le considérer comme un échec, une faiblesse, un manque de courage.

En effet, on peut avoir intégré, parfois très tôt dans la vie, cette équation implicite qui dit :

« Tenir = valeur quand Arrêter = faiblesse« 

Et malheureusement, cette idée est assez répandue et souvent renforcée socialement, au travail, dans la famille, les relations.

Des phrases répétées

Qui n’a jamais entendu, ou même prononcé soi-même, à quelqu’un ou à soi-même, l’une de ces phrases ? :

« Il n’y a pas de réussite sans effort. », « D’autres vivent pire que ça. », « On ne quitte pas les gens comme ça. », « Il faut faire des compromis. », « On ne lâche pas à la première difficulté. », « Tu ne vas quand même pas abandonner maintenant. », « Tu pourrais faire un effort quand même. », « Il faut sortir de sa zone de confort. », « La pression, ça fait partie du job. », « Quand on veut, on peut. », Et peut-être ma préférée : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ».

Ça vous parle ?

Toutes ces phrases ont un point commun : elles effacent complètement la notion de coût interne. Elles parlent de force, de courage, de mérite, de valeur morale aussi. Mais jamais de saturation, d’épuisement, de charge cognitive ou émotionnelle, ni des limites réelles du système nerveux.

Tenir n’est pas une valeur. C’est une stratégie. Et une stratégie peut devenir inadaptée. D’ailleurs, ce n’est pas parce qu’une phrase est courante qu’elle est juste.

Beaucoup de ces injonctions valorisent la souffrance et disqualifient l’arrêt. Pourtant, continuer à tout prix n’est pas une preuve de solidité. C’est souvent le signe que la limite a déjà été dépassée.

Et ce sont souvent les personnes les plus engagées, les plus consciencieuses, les plus loyales qui s’épuisent le plus. Pas parce qu’elles sont fragiles. Mais au contraire, parce qu’elles tiennent longtemps, parfois trop longtemps.

Autrement dit : ce n’est pas l’incapacité à supporter qui pose problème, c’est le fait de supporter au-delà de ce qui est soutenable.

Continuer “par principe” : un piège fréquent

Et dans ce domaine, il existe un piège très fréquent : continuer « par principe ». Dans la vie quotidienne, cela peut ressembler à :

  • Une relation où chaque échange vous tend, mais que vous maintenez par fidélité ou par habitude.
  • Un contexte professionnel où l’énergie dépensée à encaisser dépasse largement celle consacrée au travail réel.
  • Un conflit familial ancien, que vous continuez à nourrir en espérant, un jour, être entendu.
  • Une tentative répétée de faire changer quelqu’un… qui ne change pas.

Bien sûr, ce qui fait continuer, ça peut être l’envie que ça change, de réussir malgré tout, d’obtenir justice, ou de la reconnaissance.

Ce qui fait continuer, bien souvent, ça peut aussi être de la peur : de regretter, d’être jugé, de se juger, de “laisser passer quelque chose”, des conséquences qu’on imagine toujours au pire.

Pourtant, il y a un indicateur qui est toujours fiable : Quand une situation vous coûte plus qu’elle ne vous apporte, sur la durée, ce n’est pas la situation que vous tenez. C’est vous que vous épuisez.

Parce que quand le coût intérieur devient durablement supérieur à ce que la situation apporte, la question n’est plus votre capacité à tenir, ni votre force, ni votre persévérance.

Le problème, c’est le prix que vous payez intérieurement — émotionnellement, cognitivement, corporellement — et votre propre équilibre que vous mettez de côté.

Arrêter : une décision de régulation, pas de fuite

« Arrêter », n’est pas synonyme de fuite. C’est « Réguler ». Et « Réguler », ce n’est pas éviter les difficultés. C’est réajuster votre exposition à ce qui vous déborde. C’est de la préservation.

D’ailleurs, contrairement à ce que l’on pourrait croire, arrêter est rarement impulsif. C’est souvent l’aboutissement de nombreuses tentatives, où vous avez déjà expliqué, attendu, ajusté, espéré. Et un jour, vous comprenez une chose très simple : continuer vous abîme.

À ce moment-là, arrêter devient une décision rationnelle, pas émotionnelle. Réguler, ce n’est pas renoncer. C’est ajuster quand le système est saturé. Ce n’est pas fuir. C’est reprendre le contrôle.

Ce que l’on gagne quand on s’arrête

Quand une situation trop coûteuse s’arrête, la charge mentale diminue, on sort de la réaction permanente, on récupère de la disponibilité intérieure. C’est du soulagement.

Et surtout, un point essentiel, quand vous décidez de mettre fin à une situation trop coûteuse, vous posez un repère clair pour vous-même et aussi, pour les autres. Vous affirmez : « mon énergie a de la valeur ! »

Ce n’est pas de l’égoïsme. C’est une condition de fonctionnement et de santé (mentale, physique, émotionnelle). Préserver son énergie, c’est se donner les moyens de pouvoir la mobiliser là où cela a du sens. Là où c’est important.

Le résidu émotionnel : injustice et culpabilité

Bien sûr, arrêter ne signifie pas que tout s’apaise immédiatement. Il peut rester un sentiment d’injustice, une frustration, parfois une culpabilité diffuse. C’est normal.

Nous préférons les situations justes, réparées, expliquées, reconnues. Malheureusement, c’est parfois impossible de le faire avec les personnes impliquées dans la situation que l’on a justement arrêtée.

Parce que justement si on l’a arrêtée cette situation, c’est parce qu’elle était trop coûteuse pour soi et qu’il y a eu des tentatives précédentes et que la seule solution restante, était d’arrêter.

Et c’est un point important. Mettre fin à une exposition nocive est un acte réparateur.

Une définition du lâcher-prise ?

Alors, Arrêter pour se préserver, est-ce que c’est une définition du lâcher-prise ?

Il arrive, quand une personne me dit qu’elle veut lâcher-prise par rapport au travail, à une relation ou à une situation, que ce qu’elle souhaite en premier lieu c’est de l’aide pour faire en sorte que le travail, la relation ou la situation ne l’affecte pas autant, tout en continuant d’y être confrontée.

Autrement dit, la première chose que l’on veut parfois, quand on veut lâcher-prise, c’est trouver le moyen de tenir encore plus.

Alors, pensez-y, lâcher-prise, ça peut aussi être d’arrêter pour se préserver. Quand continuer coûte plus que cela ne construit. Quand l’effort demandé excède durablement vos ressources. Quand vous avez compris, évalué… et choisi.

Arrêter c’est parfois le choix le plus responsable que vous puissiez faire.

(Ce texte est le script de l’épisode #007 – Arrêter pour se préserver : et si c’était une définition du lâcher-prise ? du Podcast C’est normal ou pas ? du 16/01/2026)

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