Un roman qui parle de larmes

Quand j’en ai commencé l’écriture, je venais de terminer le roman de Baptiste Beaulieu : Où vont les larmes quand elles sèchent ?

Il est parfois difficile de retenir ses larmes. Et parfois, c'est encore plus difficile de les laisser couler.
Et d'abord, ça sert à quoi de pleurer ?
Je parle aussi du livre Où vont les larmes quand elles sèchent de Baptiste Beaulieu. J'ai beaucoup aimé et vous le recommande.

Ce roman parle d’émotions : de colère, de tristesse, de joie… Il parle de vies, d’humains, d’humanité. En le lisant, j’ai parfois versé des larmes, j’ai beaucoup ri, je me suis aussi sentie révoltée…

C’est un roman qui, comme son titre l’indique, parle aussi de larmes.

Et j’ai rencontré tellement de gens qui se retiennent de pleurer, souvent, je l’ai fait moi-même. Ou qui se jugent mal de ne pas réussir à retenir leurs larmes, surtout devant quelqu’un… que j’ai voulu faire cet article spécifique, sur nos larmes.

Trois types de larmes

Les larmes sont un phénomène naturel. Physiologiquement, il existe trois types de larmes :

– Les larmes basales : ce sont celles qui sont présentes en permanence et qui constitue le film recouvrant la cornée. Elles sont étalées par la paupière à chaque clignement, après évaporation de la couche précédente. Elles lubrifient et protègent nos yeux.

– Les larmes réflexes : elles sont produites lorsqu’il y a une agression et permettent d’apaiser et de protéger les yeux, par exemple : quand il y a de la fumée, qu’on épluche un oignon, quand il y a du vent, une poussière dans l’œil…

Et enfin,

– Les larmes émotionnelles : ces larmes sont produites lors d’une émotion. Et souvent ce sont celles-ci qu’on n’aime pas trop…

La composition chimique des larmes varie selon leur nature. Si leur base est identique, les larmes émotionnelles sont plus concentrées en protéines et en hormones, comme des hormones de stress ou des analgésiques naturels calmant la douleur. Les larmes émotionnelles soulagent.

Après avoir pleuré, on peut se sentir comme vidé, fatigué, comment si des tensions avaient été évacuées.

Pourtant, nous avons rarement appris à les apprécier, ces larmes… Nos pleurs… C’est même souvent le contraire.

Il existe en effet des contextes, des familles, dans lesquelles il n’est pas autorisé de montrer ses émotions. Où il faut faire preuve de force de caractère. Ne pas manifester qu’on est touché.e. Où il n’est pas bien vu d’être sensible. Où il est préférable de ne pas s’exprimer sur ses états internes.

Peut-être en avez-vous déjà entendu, ou même prononcé, des phrases comme :

Arrête de pleurer, on dirait un bébé. Les garçons, ça ne pleure pas. Non, mais tu pleures là ? Tu ne vas quand même pas pleurer pour ça ? Les filles ça pleurent tout le temps. Tiens voilà, au moins là, tu pleureras pour quelque chose. C’est ça, pleures, tu pisseras moins. On ne peut rien te dire sans que tu te mettes à pleurer. T’es trop sensible, tu pleures tout le temps…

Bien sûr, cela n’aide pas à se sentir à l’aise avec le fait de pleurer et bien au contraire, apprend à se juger ou à juger les autres lorsque les larmes coulent.

Alors, nous tentons de les retenir, surtout s’il y a des gens autour qui pourraient les voir.

Notre rapport aux larmes

Peut-être qu’il y a des phrases que vous vous dites à vous-même lorsque vous pleurez, ou lorsque vous en avez envie.

Pour moi, par exemple, je me suis longtemps dit : ‘Tu ne vas quand même pas pleurer pour ça ?

Ce rapport aux larmes, c’est comme si, les larmes, pleurer, ce n’était que pour les tout-petits enfants ou pour les situations suffisamment graves.

Je vous partage une première citation du roman de Baptiste Beaulieu :

‘On ne pleure pas assez. Notre société est sans doute coupable pour mille et une raisons, mais voilà vraiment son crime le plus impardonnable : te mettre la tête dans le seau à merde et ne même pas t’expliquer que c’est OK de chialer. Il faudrait une sorte de Superman qui volerait aux quatre de nos villes et atterrirait parfois devant nous, nous qui serions en grand besoin de pleurer : « Vas-y, c’est OK, lâche, mon gars » et on aurait le droit, c’est Superman qui l’a dit. Mais ce n’est pas assez cinématographique, j’imagine. On préfère les histoires avec les explosions, les buildings en feu et les princesses à sauver, pourtant on changerait le monde si on pouvait pleurer plus. On ne pleure pas assez. Quel malheur !’

Je suis bien d’accord avec ce personnage au langage fleuri. D’autant, que nous oublions que les larmes coulent dans de nombreuses situations et pour de nombreuses émotions :

Chagrin, tristesse, colère, surprise, nostalgie, rire, compassion, soulagement, émerveillement, frustration, indignation, déception, admiration, regret, peur, fierté, excitation, gratitude, joie, douleur, fatigue…

Toute une palette.

Et oui, les larmes émotionnelles, comme leur nom l’indique, sont issues de nos émotions. Et chacune de ces émotions est valide.

Difficile de se laisser pleurer

Même dans le cabinet d’un thérapeute cela peut être difficile de se laisser pleurer. On peut craindre de déranger. Avoir peur de ce que la personne en face va en penser. Peur d’être pris en pitié. Peur de se montrer vulnérable.

Pourtant, lorsque les larmes viennent, c’est que quelque chose en nous a mal ou a eu mal. Et la personne en face, praticien.ne, thérapeute, psy, est touché.e, son empathie est activée, et cette personne est là, justement, pour aider, à moins souffrir, aller mieux.

Exprimer ses émotions en laissant les manifestations corporelles, comme les larmes et pleurs, se faire, aide à aller mieux. Déjà, il semble que la composition des larmes aide au soulagement, et aussi, exprimer une émotion évite qu’elle laisse une tension dans le corps.

Et c’est aussi ok de se faire aider et accompagner lorsqu’on ne va pas bien.

Voici une nouvelle citation du roman « Où vont les larmes quand elles sèchent ? », dont le narrateur, médecin, n’arrive plus à pleurer :

‘Pleurer devant des gens, c’est comme se mettre nu, ça demande du lâcher-prise (je n’en ai pas quand je suis seul, alors avec quelqu’un ?). Ça et autre chose : de la confiance. Peut-être n’avais-je pas assez confiance en Zina pour me laisser aller. Clairement, la réciproque n’est pas vraie. Zina sanglote devant moi. Quel cadeau !’

Ce passage est en réalité un peu plus long et le voici avec les phrases qui suivent :

‘Pleurer devant des gens, c’est comme se mettre nu, ça demande du lâcher-prise (je n’en ai pas quand je suis seul, alors avec quelqu’un ?). Ça et autre chose : de la confiance. Peut-être n’avais-je pas assez confiance en Zina pour me laisser aller. Clairement, la réciproque n’est pas vraie. Zina sanglote devant moi. Quel cadeau ! Même lorsqu’elles sont joyeuses, les larmes cachent une blessure intime, ou une impuissance.

Est-ce que Zina pleure parce qu’elle a réussi ce que le pronostic médical lui a si longtemps refusé ?

Ces larmes, que cachent-elles ? Une tension extrême qui se relâche ? Un regret ? La vie qu’on s’est vu refusée ? Oui, oui et oui. Mais de la joie ?’

En effet, c’est étrange cette idée de pleurer de joie. Les manifestations de la joie, sont plutôt le sourire, le rire, le mouvement vers les autres, parler plus fort, pour partager, communiquer…

A quoi sert de pleurer ?

Dans ce podcast, je vous ai déjà parlé de la fonction du stress et de nos émotions dans la survie et l’évolution de notre espèce. (le stress et les émotions sont comme les coquelicots par exemple)

Dans ce cadre-là, on peut se demander à quoi servent les larmes.

A quoi ça sert de pleurer ?

Je ne suis pas allée vérifier les sources, mais il semblerait que les Homo sapiens que nous sommes aujourd’hui, nous soyons le résultat de l’évolution, non pas des êtres qui fonctionnaient avec la loi du plus fort, mais au contraire de celles et ceux qui fonctionnaient sur la base de l’entraide, de la protection des plus fragiles et avec les compétences de chacun.ne.

Et dans ce contexte, les larmes seraient un signal visible par l’entourage, par les autres. Un signal que nous n’allons pas bien, que nous souffrons, que nous avons besoin d’aide et de soutien. Ce signal est visible pour pouvoir informer les autres, activer l’empathie de nos semblables, afin de recevoir cette aide et ce soutien dont nous avons alors besoin.

Si je ne suis pas volontairement allée chercher les sources de ces théories, oui, c’est aussi par flemme, mais je crois surtout que c’est parce que cette idée me plait. Que les larmes sont le signe que nous sommes des êtres émotionnels et sensibles. Un signe de notre humanité.

Une dernière citation :

‘Tu peux oublier celui avec qui tu as ri aux éclats, mais jamais  celui qui a pleuré avec toi à chaudes larmes.’

Khalil GIBRAN

Et vous ?

Quand vous voyez quelqu’un pleurer, qu’est-ce que vous pensez ? Comment vous sentez-vous ? Qu’est-ce que vous faites ?

Et quand c’est vous ? Besoin d’en parler ?